Polestar supprime la lunette arrière, bichonne chaque matière et signe une routière au tempérament zen qui n’a aucune envie de faire du bruit. Le design est propre, l’intérieur luxueux, les chevaux discrets. Une voiture qui regarde droit devant — et qui a bien raison.
Il y a des voitures qui cherchent à vous impressionner dès le premier regard. La Polestar 4, elle, préfère vous intriguer. Filiale suédoise de Volvo passée sous pavillon chinois, la marque gothenbourgeoise a construit avec ce modèle quelque chose d’assez rare : une voiture cohérente de bout en bout. Pas parfaite, certes. Mais cohérente.
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Design : Ligne de fuite
Vue de trois quarts, la Polestar 4 ressemble à ce qu’on obtiendrait si un coupé quatre portes décidait de se prendre un peu trop au sérieux. La ligne de toit plonge avec une certaine conviction vers une face arrière très horizontale, presque taillée à la règle. Le résultat oscille entre le crossover assumé et la berline surélevée — un entre-deux qui, sur le marché actuel, ne choque plus vraiment personne. Les feux avant adoptent la mode du moment : un traitement splitté, deux lames lumineuses séparées par une calandre aveugle, un design somme toute assez consensuel. C’est graphique, reconnaissable, et ça fonctionne.
A l’arrière, pas de vitre. Pas de lunette. Une surface tôlée, nette, et une caméra logée dans le pavillon qui se charge de vous montrer ce que le passé — pardon, ce qui se passe derrière vous. C’est audacieux. Les Valaisans que nous sommes, habitués à nos cols de montagne et à nos semi-remorques qui doublent à la Morge, auront peut-être une petite pensée nostalgique pour le bon vieux verre.

Intérieur : Un salon suédois à 120 km/h
C’est en ouvrant la portière que la Polestar 4 cesse d’être simplement jolie pour devenir franchement convaincante. L’habitacle dégage une qualité de finition qui, pour être honnête, surprend agréablement dans ce segment. Des matières moussées au toucher ferme, du cuir, des inserts métalliques sobres, des petits lisérés disséminés avec une retenue toute nordique — rien n’est superflu, tout est à sa place. On aurait aimé pousser le curseur un peu plus loin avec plus de surfaces et de chaleur, comme dans les Volvo d’il y a une dizaine d’années.
Un bémol, toutefois : certains raccourcis physiques auraient été bienvenus. Il faut parfois plonger dans les menus pour ajuster des choses simples — température, fréquence radio — là où un bouton bien placé aurait suffi. C’est le péché mignon de l’époque. Quant à la caméra de substitution à la lunette arrière, elle s’acquitte honnêtement de sa mission. Mais par temps de pluie, sur une route de montagne, on se dit qu’une glace aurait eu moins besoin d’un essuie-glace.
L’ambiance est résolument zen. On pense à un hôtel de montagne bien chauffé, où l’on reviendrait volontiers après une journée de ski. L’ergonomie est pensée, et c’est suffisamment rare pour mériter d’être souligné. Mention spéciale au confort, royal, devant comme derrière. Les fauteuils à l’arrière bénéficient de la vue dégagée sur l’immense toit vitré de série, ainsi qu’une ambiance « cocon » avec un led qui illumine légèrement le plafond – sans vitre – à l’arrière des appuie-têtes. Petit conseil, pour augmenter au maximum cette sensation d’espace et de plénitude, une autre couleur de sellerie que le noir lui ira mieux.
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Au volant : Grande routière, pas grande sportive
Notre version d’essai était la Dual Motor Long Range Performance, soit 544 chevaux répartis sur les deux essieux. Sur le papier, de quoi faire peur aux marmottes. Dans les faits, la Polestar 4 n’a pas vraiment envie d’en découdre. Elle préfère avaler les kilomètres avec une sérénité désarmante, amortissant les bosses valaisannes comme si elles n’existaient pas.
Le confort est la valeur cardinale de ce châssis. La gestion des accélérations est douce, progressive — même en mode sport, on est loin du coup de fouet qui colle les passagers au siège. Pour qui recherche la sportivité pure, il faudra regarder ailleurs. Pour qui veut arriver reposé à destination, on est exactement au bon endroit.
L’autonomie, grâce à une grosse batterie bien gérée, se révèle sérieuse sur route mixte. Sur autoroute, il faudra adapter ses ambitions, comme sur toute électrique, mais sans l’angoisse chronique des premières générations. A titre d’exemple, un trajet Lausanne – Sion nous a ramenés dans la capitale valaisanne avec un peu moins de 70% de charge restante.
Le gabarit, en revanche, impose le respect en ville. Le tour de force, c’est la multitude de caméras à 360 degrés qui transforment des manœuvres potentiellement stressantes en exercices de précision confortable. On aurait cependant apprécié les quatre roues directrices pour affiner encore la maniabilité.
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Conclusion : Un choix assumé (8/10)
La Polestar 4 est une voiture qui sait ce qu’elle veut être, et qui le dit sans détour. Un design épuré et personnel, un intérieur digne des meilleures cylindrées germaniques d’antan, une conduite qui met le confort au centre de toutes les décisions. Ce n’est pas la voiture la plus excitante du segment, mais c’est probablement l’une des plus agréables à vivre au quotidien.
Il lui manque quelques boutons physiques pour atteindre la perfection ergonomique, et les amateurs de sensations fortes devront apprivoiser sa philosophie pacifiste. Mais pour le reste ? Elle fait beaucoup de choses très bien, avec un sens du détail qui force le respect.
Merci à Polestar Suisse pour le prêt de cette voiture.






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