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Abarth 600e : le scorpion change de venin

8 Avr, 2026

Ecrit parMattia Cuccu

J'adore conduire des voitures pour le plaisir, c'est pourquoi j'ai fondé ce magazine digital en 2023 avec mon ami Mattia Ceccarelli. Porsche et Ferrari font les meilleures voitures du monde (bientôt en essai ici). J'aime les voitures bien conçues et surtout qui procurent de l'émotion.

Elle griffe, elle rugit — enfin, presque. La nouvelle Abarth 600e débarque avec ses airs de rebelle électrique et une promesse de fun intact. Le résultat est surprenant, imparfait, presque attachant. Comme souvent avec les Abarth. Mais en est-elle vraiment une héritière digne ?

Il y a des voitures qui naissent libres, conçues de A à Z dans un seul but. Et puis il y a celles qui naissent dans un écosystème industriel, sur une plateforme partagée, avec des cousines qu’elles ne choisissent pas forcément. La 600e appartient à cette seconde catégorie. Sous ses jupons sport se cache la Fiat 600, conçue sur une architecture commune à la Peugeot e-2008 et à la Jeep Avenger, entre autres. Pas la base la plus exaltante pour signer une sportive au scorpion.

Pourtant, Abarth avait déjà réussi le tour de force avec la 500e — première incursion électrique de la marque — de tirer le meilleur d’une base grand public pour en faire quelque chose de crédible. Avec la 600e, deuxième tentative, la question est la même : peut-on vraiment faire une Abarth sans moteur à explosion ? 

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Design : jolie, mais avec un grand aileron dans la pièce

La silhouette de la Fiat 600 de base est ronde, assez attachante, et elle apporte un peu de fraîcheur dans un segment habituellement très consensuel. Abarth a fait du bon travail pour muscler cet ensemble sans tomber dans le ridicule – quoique le spoiler arrière proéminent n’était peut-être pas nécessaire. 

Notre voiture d’essai arborait une teinte violette magnétique, qui virait au bleu selon l’angle de la lumière — le genre de robe qui donne envie de tourner autour du véhicule en changeant de position. Un bon point.

La Fiat 600 apporte un peu de fraîcheur au segment, et sa version Abarth renforce ce positionnement, surtout ici avec sa robe violette

Intérieur : le bon élève qui manque de raffinement

L’intérieur reprend la base déjà excellente de la R5, et c’est une très bonne nouvelle. Le dessin est moderne, les matériaux sont sérieux, les assemblages solides. Ici, Alpine ajoute sa touche : plus de cuir, des sièges spécifiques à l’excellent maintien, une console centrale revue et quelques À bord, on est accueilli par un habitacle qui sait ce qu’il veut. La planche de bord est correctement dessinée, le numérique est présent sans être envahissant — on trouve le bon équilibre entre écrans et boutons physiques, ces derniers restant accessibles et logiquement disposés. Rien de révolutionnaire, mais rien d’agaçant non plus. distinctifs.

Le volant mérite une mention particulière : gainé d’alcantara, agréable en main, il pose d’emblée le ton sportif de l’ensemble. Les sièges Sabelt font carrément plaisir à voir — sculptés, enveloppants, racés. Installé dedans, on se sent dans une vraie voiture de caractère.

Mais voilà — et c’est là que le bât blesse — les plastiques durs abondent en partie haute de l’habitacle. Dans une voiture positionnée comme une sportive chic, un peu premium, c’est un peu comme commander un bon repas au restaurant et se voir apporter des couverts en plastique. On s’en remet, les assemblages ne sont pas mauvais, mais on ne l’oublie pas.

Anecdote qui vaut son pesant de bonne humeur : le clignotant émet un son qui ressemble furieusement à un beat box. Déroutant la première fois, attendrissant ensuite. Disons que c’est une façon originale de rappeler que la voiture est branchée — dans tous les sens du terme.

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L’habitacle est bien dessiné mais les matériaux utilisés sont décevants.

Au volant : des surprises, bonnes et moins bonnes

C’est ici que les choses deviennent intéressantes. Car la 600e réserve une vraie bonne surprise du côté de la direction. Précise, communicative, dotée d’un feedback réel — ce qui est loin d’être la norme sur une électrique, où le filtre entre les mains et la route est souvent aussi épais qu’une chaussette de ski. Abarth a visiblement travaillé sérieusement le châssis, et ça se sent. La voiture est saine, plantée, elle donne envie de s’amuser.

Les freins, en revanche, appellent à la prudence. Froids, ils sont d’une mollesse déconcertante. Le temps de chauffe est nécessaire pour retrouver un semblant de mordant. Un point de vigilance, surtout en montagne valaisanne où les premiers virages arrivent vite après le départ.

Quant aux performances pures, elles sont correctes — mais honnêtement, on reste sur sa faim. L’auto manque d’un rien de punch, de cette vivacité électrisante qu’on est en droit d’attendre d’un scorpion. Elle est fun, oui, clairement. Mais les anciennes 500 Abarth à moteur thermique avaient quelque chose en plus : une âme bruyante, une immédiateté, un tempérament. Ce quelque chose-là est encore difficile à électrifier.

Et l’autonomie ? Elle ne sera pas la raison principale d’acheter cette voiture. Sans être catastrophique, elle ne brille pas — et pour une sportive, chaque arrêt à la borne ressemble un peu à une pause forcée entre deux tours de piste.

L’Abarth 600 e est amusante à conduire, mais il lui manque quelque chose pour être à la hauteur de son emblème.

Conclusion : un scorpion en transition (7/10)

La 600e est une bonne voiture. Elle est jolie, amusante, bien pensée à bien des égards, et elle porte le blason Abarth avec une certaine dignité. Mais elle porte aussi, en creux, le poids de ses contraintes : une plateforme généraliste, une autonomie moyenne, et la difficile équation de faire chanter un scorpion sans l’essence qui lui chatouillait autrefois les narines.

On sent qu’Abarth y croit. On sent l’effort, le soin, la volonté de bien faire. Et c’est précisément pour ça qu’on se prend à rêver de ce que donnerait une Abarth 100% conçue pour être elle-même — sans compromis de plateforme, sans concession à la sagesse.

Cette voiture-là, on aimerait l’essayer. En attendant, la 600e est une étape. Imparfaite, sincère, attachante. Comme toutes les bonnes histoires en cours d’écriture.

Merci à Abarth Switzerland pour le prêt du véhicule

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