Dans une industrie obsédée par les plateformes partagées, les écrans géants et les compromis budgétaires, la Toyota GR Yaris est une anomalie. Elle n’a pas été conçue pour vendre. Elle a été conçue pour gagner. Et c’est cette aberration qui en fait une auto si réussie.
En rallye, les constructeurs doivent dériver leurs voitures de compétition d’un modèle de série. En général, on part d’une citadine, on la modifie, et on adapte le règlement autour d’elle. Toyota a fait exactement l’inverse. Ils ont développé une voiture de rallye, puis ils ont fabriqué une version immatriculable pour satisfaire les règles du championnat.
Résultat : la GR Yaris ne partage avec la Yaris standard que son nom. Le châssis est spécifique. Les trains roulants sont spécifiques. La carrosserie est différente. L’intérieur est redessiné. Même la structure de la voiture mélange des éléments issus d’autres plateformes. C’est une machine pensée dès le départ pour la performance.
Et la stratégie a payé : trois titres mondiaux en championnat du monde des rallyes. Ce n’est pas du marketing : c’est du résultat.
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Design : dicté par la fonction
La GR Yaris ne cherche pas à être jolie. Elle cherche à être efficace. Voies élargies, trois portes seulement, ligne de toit abaissée, bandeau lumineux arrière, aileron proéminent, énormes prises d’air, toit en carbone. Chaque élément a une raison d’être. Et pourtant, le dessin est équilibré et elle attire l’oeil.
Elle est plus basse, plus large, plus compacte visuellement. Elle ressemble à une voiture de spéciale qui se serait perdue sur la route. On la remarque immédiatement, non pas parce qu’elle est luxueuse, mais parce qu’elle semble prête à attaquer un col à la moindre occasion.

Un intérieur sans glamour mais sans mensonges
Il faut être honnête : la qualité perçue n’est pas bonne. Les matériaux sont durs, les assemblages approximatifs, l’infotainment est daté. On est loin des standards actuels, même chez Toyota.
Mais une fois installé, tout s’explique. L’agencement est pensé pour conduire. Les sièges GR maintiennent parfaitement. Le volant tombe bien en main. Le frein à main vertical (en option) transforme l’habitacle en cockpit de rallye. On ne se sent pas dans une citadine améliorée, mais dans une voiture de course adaptée à la route. C’est ce qui fait qu’on lui pardonne presque tout, parce qu’elle ne prétend pas être autre chose que ce qu’elle est.
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Au volant : une leçon d’émotion mécanique
Dès que le trois cylindres 1.6 turbo démarre, la GR Yaris change de dimension. Le son est travaillé, rauque, métallique sans être artificiel. Mais ce qui marque surtout, c’est l’énergie. 280 chevaux dans une auto aussi légère, c’est brutal. Les reprises sont immédiates, la poussée constante. La boîte manuelle, courte et précise, est un régal. Chaque passage de rapport est mécanique, franc, satisfaisant.
Et pour ceux qui ne maîtrisent pas le talon-pointe, Toyota a prévu une fonction électronique qui maintient le régime moteur au rétrogradage. Le moteur chante, même si ce n’est pas vous qui synchronisez les pédales. C’est intelligent, et ça permet de se concentrer sur la trajectoire.
La suspension est très raide. En ville, c’est assez inconfortable. Mais ce n’est pas une voiture de ville. Son terrain, ce sont les cols, les routes sinueuses, les enchaînements rapides.
La transmission intégrale permet de moduler la répartition du couple. L’auto est rivée au sol, incroyablement stable, mais se laisse dompter d’une fois les assistances electroniques desactivées. Elle accepte les glissades contrôlées, le châssis est sain, précis, affûté. La direction est directe, communicative. On sent ce qui se passe sous les roues. On sent le grip, la limite, le transfert de masse.
À haute vitesse, elle devient plus nerveuse, plus exigeante. Elle demande du respect. Et comme une vraie voiture de course, elle dispose même d’un système de refroidissement d’intercooler à eau lorsque la température monte après une utilisation intensive. Ce n’est pas un gadget. C’est un détail d’ingénieur passionné.


Conclusion : inutile, imparfaite, indispensable (9/10)
La Toyota GR Yaris est chère. Elle est inconfortable. Elle est peu pratique. Elle n’a aucun intérêt rationnel dans un quotidien urbain.
Mais elle remplit son rôle à 100 % : être un outil d’homologation et une machine à plaisir. On sent qu’elle a été conçue par des passionnés, pour des passionnés. Elle n’est pas optimisée pour un business plan. Elle est optimisée pour attaquer. Et c’est pourtant ce qui la rend si désirable.
Et dans un monde où tout devient lisse, consensuel, interchangeable, cette radicalité fait un bien fou. La GR Yaris n’est pas une voiture parfaite, c’est bien mieux que ça : c’est une voiture sincère.
Merci à Toyota Switzerland pour le prêt du véhicule






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