Un coup de crayon unique, un habitacle de rêve, une ambition sans compromis, la Karma a marqué l'histoire avant même d'avoir vraiment eu le temps de l'écrire.
J'ai rencontré la Karma pour la première fois dans un livre, "Voitures de rêve - Automobiles de prestige", je devais avoir onze ou douze ans. Malgré sa rareté et le fait qu'elle ait constamment évolué dans une niche, je ne l'ai jamais oubliée. Et puis, la première fois qu'on la croise en vrai, on cherche ses repères - est-ce un concept car égaré sur la route ? Une sculpture roulante échappée d'un salon ? Henrik Fisker, le designer derrière l'Aston Martin DB9 et la BMW Z8, a mis dans cette voiture tout ce qu'un crayon peut avoir d'audacieux. Le résultat est une hybride rechargeable de grand tourisme qui, malgré la faillite de son constructeur en 2012, continue de hanter les esprits de ceux qui l'ont vue passer. On a pris le volant pour comprendre ce que ça fait, vraiment, de conduire un rêve.
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Design : un seul trait, du nez à la queue
La Karma s'appréhende d'abord comme une ligne. Un seul mouvement de l'avant vers l'arrière, sans rupture, sans compromis, sans cette timidité qui pousse la plupart des constructeurs à s'autocensurer au dernier moment : ici, le chef, c'était le designer. L'empattement est très long, la silhouette basse et tendue comme un arc, la robe de coupé GT qu'elle arbore évoque davantage un prototype de salon que la réalité d'une route de production. On retrouve à plusieurs reprises la signature du triple galbe - cette ondulation caractéristique qu'on connaît en haut de la calandre des Aston Martin - inscrite dans la carrosserie comme un autographe discret. Intemporel est le mot. Dans dix ans, dans vingt ans, elle fera encore se retourner les passants sur les routes, comme elle le fait déjà après toutes ces années.

Intérieur : le concept car habité
On ouvre la portière et on comprend immédiatement que la Karma n'est pas une voiture ordinaire. L'habitacle est somptueux - aucun matériau bas de gamme, aucune concession à la raison comptable. Le cuir est omniprésent, le bois utilisé pour les inserts est issu de forêts ravagées par des incendies ou d'épaves de bateaux, les sièges sont rembourrés en soja et en cuir d'animaux issus de l'industrie alimentaire : chaque détail raconte une histoire, chaque choix de matière a été pensé. Le toit en daim fait l'effet d'un ciel de chambre d'hôtel de palace. Le combiné d'instruments, mi-digital mi-analogique, se déploie en miroir avec une élégance qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
Il n'y avait pas d'options chez Fisker. Tout était de série - philosophie rare et appréciable, qui dit beaucoup sur l'ambition de la marque. Les places arrière sont plus étroites, mais résolument cocon : on s'y sent protégé, enveloppé, loin du monde. Une voiture de designer, dans le sens le plus noble et le plus absolu du terme.
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Au volant : le prototype qui roule
Conduire la Karma, c'est accepter un pacte. Celui d'une voiture qui ne cherche pas à impressionner au chronomètre, mais à convaincre par la qualité de chaque kilomètre parcouru. Le châssis filtre remarquablement bien sans couper le dialogue avec la route - on sent le bitume sans le subir, ce qui est la marque des grandes GT. La direction est un poil floue, mais le volant est lourd et agréable à tenir, ce qui compense largement. La propulsion combine électrique et générateur thermique pour plus de 400 chevaux - mais le poids se fait sentir, d'autant que l'ensemble des chevaux ne sont que très rarement tous utilisés. Malgré ses accélérations vives, la voiture n'est clairement pas taillée pour les performances pures. Elle est taillée pour voyager, pour arriver, pour être vue arriver. Petite mention au son qu'elle génère, reconnaissable parmi mille.
C'est aussi une voiture qui demande un peu d'apprivoisement : imposante, elle réclame de l'attention en ville, un point à prendre en compte car elle est destinée à être roulée en daily. En effet, elle préfère les cycles de charge complets pour donner le meilleur d'elle-même. Mais à ce prix - remarquablement accessible pour ce qu'elle propose - on est face à l'un des rêves les plus abordables de l'histoire de l'automobile de luxe.
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Conclusion : La voiture que seul un designer pouvait concevoir.
La Fisker Karma a marqué l'histoire non pas malgré ses contradictions, mais grâce à elles. Trop belle pour être ignorée, trop lourde pour être sportive, trop ambitieuse pour survivre à la faillite de son créateur — elle reste l'une des propositions automobiles les plus uniques jamais produites. Design intemporel, habitacle sans compromis, confort remarquable : pour le prix auquel elle s'échange aujourd'hui sur le marché de l'occasion, c'est l'un des rêves les plus accessibles qui soit. Pas parfaite. Inoubliable.
Merci à Bastien Stegmann et Karmaownerclub pour le prêt de cette voiture.






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