Méprisée par les puristes, adulée par ceux qui l'ont vraiment conduite, la Boxster 986 mérite qu'on lui rende enfin justice. Longtemps cantonnée au rôle de « petite Porsche » dans l'ombre de l'intouchable 911, elle a pourtant incarné le renouveau de la marque à une période charnière de son histoire.
Il y a des voitures qui portent des étiquettes injustes. La Boxster en fait partie. "La Porsche du pauvre", entendait-on à la fin des années 2000, alors que pour la premire fois, une vraie Porsche devenait ultra-accessible sur le marché de l'occasion (on ne compte pas les PMA des années 1980...) avec ce mélange de condescendance et de mauvaise foi propre aux puristes qui n'avaient souvent jamais posé les mains sur son volant. La vérité, c'est que ce petit roadster à moteur central a sauvé Porsche d'une crise financière profonde dans les années 90, et qu'il a offert à une génération entière de conducteurs un accès à quelque chose de rare : une vraie expérience de conduite, à ciel ouvert, avec une Porsche sur la carte grise. On a pris le volant de la version restylée de 2002 pour vérifier si le temps lui avait donné raison. Réponse courte : oui.
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Design : le galet qui ne vieillit pas
La Boxster 986, c'est d'abord un profil. Tout en rondeurs, ramassé comme un galet poli par les eaux d'un torrent valaisan, il a cette qualité rare des dessins qui ne vieillissent pas, parce qu'ils ne cherchaient pas à être dans l'air du temps. On reconnaît immédiatement la face avant, partagée avec la grande sœur 911 de l'époque (le modèle 996) : même regard avec les feux en forme de "fried egg", même assurance tranquille. Mais c'est sur le flanc que la Boxster révèle sa vraie nature : les entrées d'air latérales, juste derrière les portières, trahissent l'emplacement du moteur en position centrale, une nouveauté pour Porsche à l'époque, et une différence fondamentale avec la 911 qui jure toujours par le bloc en porte-à-faux à l'arrière. Ce détail à lui seul en dit plus sur la philosophie de cette voiture que n'importe quelle fiche technique.

Intérieur : Porsche malgré tout
On s'installe très bas, comme il se doit dans un roadster qui se respecte. Le tableau de bord est immédiatement familier pour qui connaît la 911 de l'époque : même architecture, même logique, trois cadrans ronds au lieu de cinq mais toujours bien lisibles avec le compte-tours en position centrale, là où il doit être. Dans cette version S restylée, le cuir s'étend sur la planche de bord et les contours de portière, ce qui donne à l'habitacle une chaleur et une qualité perçue qui n'ont pas pris une ride. Les sièges sport, fermes et enveloppants, maintiennent parfaitement : on sent d'emblée que cette voiture ne plaisante pas avec la tenue de route.
On sourira en découvrant le lecteur CD, le porte-gobelet et les petites particularités analogiques d'une époque où l'automobile n'avait pas encore été avalée par la connectivité. Quelques plastiques durs en bas de planche et des commodos derrière le volant un peu quelconques rappellent que la Boxster est née dans une période d'économies strictes chez Porsche. Mais honnêtement, une fois installé et lancé, on s'en fiche complètement.
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Au volant : le moteur central fait la différence
La pédale d'embrayage est ferme, presque comme un frein, et c'est exactement ce qu'il faut. Elle impose d'emblée un engagement, une attention, un dialogue avec la voiture qu'on ne retrouve plus guère dans les sportives d'entrée de gamme modernes assistées à l'extrême. La position de conduite est parfaite, et la direction hydraulique précise, communicative et vivante est tout simplement l'une des meilleures qu'on ait eu entre les mains depuis longtemps. Le châssis vire à plat, avec une neutralité et un équilibre qui doivent tout à la position centrale du moteur. On comprend vite pourquoi certains affirment que la Boxster S de cette génération offrait un agrément de conduite supérieur à celui de la 911 contemporaine.
Le moteur a du souffle et un son grave, rond, caractéristique du flat-six Porsche qui suffit à lui seul à justifier l'achat. Quelques bémols tout de même : le volant est un poil grand, les freins manquent du mordant qu'on attendrait d'une sportive, et les rapports de boîte sont un peu longs. Mais sur une belle route de montagne, ces détails s'effacent vite derrière le plaisir brut que procure cet ensemble.
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Conclusion : réhabilitation en bonne et due forme
La Boxster S 986 restylée a remarquablement bien vieilli. Son design intemporel, son habitacle soigné et son agrément de conduite — porté par une direction hydraulique d'exception et un moteur central qui offre un équilibre rare — en font une voiture qui tient largement ses promesses aujourd'hui encore. Elle vous plonge immédiatement dans l'univers Porsche, avec tout ce que cela implique de sérieux, de précision et d'émotion. Quelques compromis de jeunesse sur les freins et la boîte, mais rien qui résiste à une belle route valaisanne. Une grande entrée dans la marque à petit prix, et pour certains, peut-être la meilleure.
Merci à 123garageclassic pour le prêt de cette voiture.






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